lights

Il y a quelque temps suis sorti.
Suis retourné sur mes pas de jeune parisien découvrant Paris.
La vie nocturne.
Les Halles.
Le Marais.
Suis passé devant le Banana Café.
Nous y venions de temps en temps en bande, à l'époque de la grande époque.
Pour y boire des verres.
Parler.
Refaire le monde ou la télé.
C'était un peu comme un pèlerinage que j'entreprenais en revenant ici.
L’endroit n’avait pas changé.
Tout au plus un poil plus glauque à cause des peintures un peu défraîchies.
Cela faisait 20 ans que ce haut lieu des nuits parisiennes avait ouvert.
J’y avais passé quelques heures, voire quelques nuits et j’y avais vécu discrètement quelques aventures.
Un jeune comique très à la mode, mais pas très beau avait tenté de me faire rire pour me séduire.
Mais son rire tintait faux dans mes oreilles, il manquait de sincérité.
On pouvait me reprocher beaucoup de choses, il était impossible de dire que je n’étais pas sincère.
Je l’étais trop même.
Bizarre le sous-sol du bar...
Le piano est toujours là....
Le monde a vraiment changé pendant mon absence.
Les drags queens ont envahi ce lieu et mélangent les sentiments que l'on pourrait éprouver par rapport à la "gaytitude".
Fini, les jeunes hommes en costume d'il y quelques années encore ou bien encore les jeunes "kikis" que l'on pouvait croiser dans le quartier, il n'y a même pas 10 ans.
Ici on vient dorénavant se faire voir, se faire admirer, dans un lieu désuet où l'on sent encore les effluves du passé.
On y vient avec sa carte de crédit.
Gold de préférence !
Je pense à cela tout en tentant de m'immerger dans cette fausse fête d'un Paris qui décline.
Un grand hebdomadaire ne titrait-il pas, il y a quelques jours, que la France ne savait plus s'amuser et que la jet-set n'hésitait pas à prendre l'Eurostar le week end pour aller s'encanailler à Londres.
Avec ce métro des temps modernes, la capitale anglaise n'était plus qu'à une station de chez nous.
J'ai essayé de reconnaître un visage parmi tous ceux qui sont autour de moi, mais pas un seul ne retient mon attention.
J'avais l'habitude de délirer sur ces banquettes.
Ce soir elles me semblent bien tristes.
Elles le sont d'ailleurs.
Leur état est un peu comme le mien en ce moment : totalement défoncé.
Mais pas à l'alcool.
Non je suis enivré par ce retour à la vie qui signifie tant de choses pour moi.
Si l'on m'avait dit hier encore que j'aurai le courage de m'immerger à nouveau dans cette foule parisienne croupissante et croulante.
Mais comment lorsque l'on est jeune aujourd'hui, oui comment peut-on s'amuser ?
Pas étonnant que comme, certains de mes potes, ils aillent tous prendre leur pied dans des mondes factices...
J'ai peur pour eux.
Si je devais faire des enfants dans ce monde, je me poserai tant de questions que je crois bien que je deviendrai un adepte du préservatif ou du coïtus interruptus ultra rapide  !
Ils se ressemblent tous ce soir.
Ce même air d'endive.
De jeune légume poussé sans soleil, mais gonflé aux engrais nouveaux de ce début de siècle.
Ils sont coiffés pareils.
Habillés pareils.
Ils dansent et bougent de la même façon.
Cela est triste.
Et puis cela est gai.
C'est étonnant.
On se croirait arrivé dans un film futuriste d'il y a 10 ans.
Quand Ridley Scott nous promettait une autre civilisation dans son film Blade Runner.
Ils sont asexués.
Est-ce la société qui nous les a rendus ainsi ?
L'argent, le fric, la télé réalité ont beaucoup changé les habitudes de la jeunesse.
Tu dois avoir un facebook.
Partager ton mur.
Twitter tout le temps, au point d'en oublier que tu es venu avec des "vrais" gens.
Ici dans ce haut-lieu de la nuit parisienne, il y a des filles qui aiment des filles, des garçons qui aiment des garçons qui aiment des filles et tant d'autres choses.
Quels peuvent bien être leurs repères affectifs ?
Finalement, je suis rentré.